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Cancer du rectum: Est ce que l’ère d’un orifice artificiel pour évacuer les selles est révolue ?

Interview du Dr Abdelillah SOUADKA, président de la Société Marocaine d’oncologie digestive (SMOD).

Réalisée par Dr Anwar CHERKAOUI, expert en communication médicale et journalisme de santé

La ville du détroit, Tanger, accueille les 11 et 12 juillet la 3eme journée scientifique annuelle de la société Marocaine d’oncologie digestive (SMOD).
Le thème de cette édition de formation continue en cancérologie porte sur le cancer localisé du bas rectum.


Pour faire un tour d’horizon sur les actualités diagnostiques et thérapeutiques sur ce cancer particulier du tube digestif, Dr Anwar CHERKAOUI a réalisé un
entretien avec le Dr Abdelilah SOUADKA, président de la
Société Marocaine d’Oncologie Digestive (SMOD).

Dr Anwar CHERKAOUI : Le diagnostic de précision est aujourd’hui central.
Quelles sont, selon vous, les méthodes les plus fiables pour détecter précocement un cancer localisé du bas
rectum ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
Aujourd’hui, le diagnostic repose sur l’examen clinique proctologique, la rectoscopie avec
biopsie, et les examens d’imagerie, notamment l’IRM.
Le dépistage par test immunologique
de recherche de sang dans les selles (FIT test), recommandé à partir de 50 ans, reste l’outil
de prévention le plus efficace pour une détection précoce.

Dr Anwar CHERKAOUI :
L’IRM pelvienne est souvent évoquée comme un outil incontournable. Quel est son rôle exact dans le bilan d’extension loco-régionale et dans la planification du
traitement ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
L’IRM pelvienne permet de voir en effet avec précision la profondeur d’invasion de la tumeur,
la proximité des sphincters et la présence de ganglions suspects.
Elle est essentielle pour
décider du meilleur traitement, notamment pour déterminer si une radio-chimiothérapie
concomitante est nécessaire avant la chirurgie.

Dr Anwar CHERKAOUI :
Y a-t-il actuellement des marqueurs biologiques ou moléculaires utiles pour guider
le choix thérapeutique ou affiner le pronostic ?


Dr Abdeillah SOUADKA : Dans le cancer du bas rectum, les mutations RAS, BRAF et la recherche de l’instabilité des
microsatellites (MSI) sont de plus en plus utilisées, notamment pour les formes avancées ou
métastatiques.
Elles orientent les traitements ciblés ou l’immunothérapie.
Mais pour les
cancers localisés, ces marqueurs restent encore peu utilisés en pratique quotidienne.


Dr Anwar CHERKAOUI : La radiothérapie préopératoire est une étape fréquente.

Dans quels cas
recommandez-vous une radiothérapie courte versus une longue ? Et quels résultats
en attendez-vous ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
La radiothérapie courte (5 séances sur une semaine) est indiquée pour des tumeurs
localisées à risque modéré.

La radiothérapie longue (associée à une chimiothérapie) est
réservée aux tumeurs localement avancées.

Elle permet dans certains cas une régression
complète de la tumeur, et même d’éviter la chirurgie.


Dr Anwar CHERKAOUI :
À partir de quels critères peut-on envisager une chirurgie conservatrice du
sphincter plutôt qu’une amputation abdomino-périnéale ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
Lorsque la tumeur est située à plus de 1 cm du pole superieur du sphincter et que l’IRM
montre qu’il n’est pas envahi, une chirurgie conservatrice est possible.

L’objectif est de
préserver la fonction anale sans compromettre l’imperatif oncologique

Dr Anwar CHERKAOUI :
La stratégie de "Watch and Wait", ou surveillance active après une réponse
complète à la radio-chimiothérapie, semble gagner du terrain. Est-ce une option que
vous appliquez ? Pour quels profils de patients ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
Oui, chez des patients bien sélectionnés ayant eu une réponse clinique complète visible à
l’examen, à l’IRM et à l’endoscopie.
Cette stratégie évite la chirurgie et ses complications,
mais nécessite une surveillance très rigoureuse et rapprochée.


Dr Anwar CHERKAOUI :
La radiothérapie a-t-elle connu récemment des innovations majeures, comme la
radiothérapie adaptative ou l’IMRT ?
Et en quoi cela change-t-il la prise en charge ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
Absolument.
L’IMRT (radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité) permet
de cibler la tumeur avec plus de précision tout en réduisant les effets secondaires sur les
tissus sains.
Cela améliore la tolérance et la qualité de vie des patients.


Dr Anwar CHERKAOUI : Peut-on espérer à court terme intégrer des traitements d’immunothérapie ou de
thérapies ciblées dans le traitement des cancers du bas rectum ?
Quels profils
tumoraux pourraient en bénéficier ?

Dr Abdelillah SOUDKA :
L’immunothérapie est prometteuse, notamment pour les patients porteurs de tumeurs MSI
(instables) ou avec mutations spécifiques.
Ces profils restent rares dans le rectum localisé,
mais les essais cliniques en cours pourraient élargir les indications dans les années à venir.


Dr Anwar CHERKAOUI :
Comment s’organise concrètement la prise de décision en RCP (Réunion de
Concertation Pluridisciplinaire) ?
Quel est le poids du patient dans ce processus ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
La décision est collégiale entre chirurgiens, oncologues, radiothérapeutes, radiologues et
anatomopathologistes.
Le patient est toujours informé de la proposition thérapeutique, et ses
préférences sont prises en compte.
L’écoute et le consentement éclairé sont au cœur de la
démarche.


Dr Anwar CHERKAOUI :
Enfin, quels sont, selon vous, les plus grands défis encore à relever dans le
traitement de ce cancer ? Et quelles sont les pistes de recherche les plus
prometteuses ?

Dr Abdelillah SOUADKA :
Le principal défi est d’améliorer la qualité de vie après traitement, notamment en évitant les
stomies ( ouverture pratiquée chirurgicalement au niveau de l’abdomen pour évacuer les selles) définitives et en réduisant les séquelles fonctionnelles.

Les recherches portent sur
l’immunothérapie, la radiothérapie personnalisée et les biomarqueurs prédictifs de réponse.

Mais aussi sur des approches plus humaines et moins invasives, comme la stratégie de
"Watch and Wait".

Mots-clés: Maladies cancéreuses, Congrès


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