10 février 2016 / La césarienne : Entretien avec le docteur Touria Skally, gynécologue
La plupart des césariennes sont «programmées»
Pour les besoins de notre sujet relatif aux accouchements par césarienne, Al Bayane est allé à la rencontre du docteur Touria Skally, spécialiste en gynécologie – obstétrique, qui exerce dans le secteur libéral.
Al Bayane : Qu’est ce que la césarienne ?
Docteur Touria Skally : La césarienne consiste à faire naitre un enfant par voie chirurgicale, en incisant l’abdomen puis l’utérus, lorsque l’accouchement par les voies naturelles « par voie basse » n’est pas possible ou dangereux.
Ainsi, la césarienne est parfois appelée « accouchement par voie haute ».
Elle existe depuis plusieurs siècles, mais bien sûr les progrès de la médecine, de la chirurgie et de l’anesthésie en ont fait une intervention fiable qui permet de prévenir de nombreuses complications du nouveau né, et/ou de la maman.
Cette pratique est-elle courante ?
Dans ses débuts, la césarienne était réservée à des situations d’urgence, alors que l’accouchement était déjà en cours, et qu’un problème survenait, blocage de la descente de l’enfant dans la filière pelvienne, hémorragie etc.
De nos jours, les césariennes en cours de travail ne représentent plus qu’un tiers des césariennes, c'est-à-dire quand l’accouchement par voie basse était prévu en principe, mais une anomalie est survenue.
La plupart des césariennes sont « programmées », c’est lorsque les patientes sont bien suivies et que la voie haute est jugée préférable par le médecin, pour une raison qui concerne l’enfant ou la mère.
Comment expliquer que la césarienne est plus courante dans le privé que dans le secteur public ?
Effectivement, partout dans le monde le taux de césariennes est différent selon qu’il s’agisse du secteur privé ou du secteur public. Les raisons sont multiples, contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas juste une « facilité » pour le gynécologue ou des considérations financières ! Le métier du gynécologue est délicat et il porte la double responsabilité de la santé de la mère et de l’enfant à naître.
Les patientes suivies correctement ont accès à des diagnostics précis qui permettent d’évaluer les risques de la voie basse par rapport à la voie haute, et cela avant le début des signes d’accouchement : échographies, scannopelvimétrie, bilans biologiques à la recherche de diabète, d’anomalie rénale etc.
Les régions sous médicalisées, n’ayant pas un accès facile aux blocs opératoires auront tendance à favoriser la voie basse, en prenant parfois des risques importants.
Dans les pays occidentaux, et de plus en plus chez nous aussi, le risque de plainte (médicolégal) est plus important si un accident survient lors d’un accouchement, alors qu’une césarienne aurait peut-être été salutaire. On reprochera davantage cela, que l’inverse, surtout si l’enfant subit des préjudices neurologiques irréversibles après un accouchement «forcé» par voie basse, avec par exemple utilisation de forceps… ou encore lorsqu’une rupture utérine au cours de l’accouchement fauche la vie de la mère.

Quelles sont les indications de la césarienne ?
Pratiquée dans des conditions précises et en fonction d’indications médicales bien définies, la procédure permet de sauver de très nombreuses vies ou d’éviter des séquelles graves pour la mère ou l’enfant.
Les indications classiques sont : lorsque le bébé se présente dans une mauvaise position (transverse, en siège), lorsque le placenta est « prævia » c'est-à-dire que l’hémorragie provoquée par des contractions lors de l’accouchement serait mortelle, lorsque le bébé est trop gros ou que le bassin de la femme est trop étroit, lorsque le bébé présente une « souffrance » au moment des contractions ou encore dans certaines situations de pathologie maternelle telles que l’hypertension artérielle, le diabète, lorsque la patiente a déjà subi une ou deux césariennes.
Parfois, alors que l’accouchement par les voies naturelles était prévu, il y a absence d’ouverture du col de l’utérus, etc.
En fait chaque accouchement, chaque patiente, est un cas unique et on ne peut qu’évaluer une probabilité pour elle d’accoucher par les voies naturelles ou non.
Existe t –il des risques ? Si oui lesquels ?
Comme pour tout acte chirurgical ou médical, le risque zéro n’existe pas !
Le risque anesthésique a quasiment disparu, depuis que l’anesthésie générale n’est plus la règle. C’est une anesthésie de la moitié inférieure du corps qui est pratiquée : la rachianesthésie.
Les complications liées à la césarienne sont possibles : hémorragie per opératoire,
douleurs qui disparaissent en général complètement en quelques jours ou semaines, infection de la cicatrice, troubles de la circulation sanguine de type phlébite, mais la prévention médicamenteuse est actuellement la règle.
Combien de temps prend un accouchement par césarienne ?
En règle générale, une césarienne dure environ quarante cinq minutes à une heure.
Mais parfois le temps est plus long, pour libérer des adhérences ou faire cesser une hémorragie par exemple. La césarienne reste un moment délicat pour l’opérateur, beaucoup plus que l’accouchement par voie basse quand tout se passe bien !
Quelle est la situation de cette pratique au Maroc ?
Au Maroc, la situation est très inégale : des régions entières ont un très faible taux de césariennes (moins de 8%), par manque de ressources humaines et d’infra structures.
Il y a en fait un déficit en césariennes, qui accompagne un taux élevé de mortalité maternelle et périnatale.
Dans les grandes villes, le taux de césariennes est nettement plus élevé.
Les chiffres ne sont pas disponibles, mais la conséquence est que la mortalité périnatale et maternelle y est moins élevée.
L’OMS recommande un taux avoisinant les 15%.
En France ce taux est de 20 à 25%, et ailleurs dans le monde parfois jusqu’à 45% (Chine), ou 32%(USA). Par contre dans des pays développés à niveau de surveillance médicale très élevé, le taux de césarienne reste assez bas, comme en Suède, avec d’excellents résultats.
Voir aussi l'article: 10 février 2016 / La césarienne : Un acte chirurgical qui n’est pas anodin





