20 octobre 2015 : Entretien avec Dr Houda KADIRI à l’Occasion de la Journée Mondiale de l’Ostéoporose
Sonnette d’Alarme sur une maladie silencieuse qui hypothèque
la vie de la femme Marocaine à partir de 50 ans
Entretien réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI

Dr Anwar CHERKAOUI et Dr Houda KADIRI (Rhumatologue)
L’ostéoporose une maladie fragilisante de l’os, très mal connue, peut être très handicapante et peut hypothéquer la vie de la femme Marocaine. Car, une femme sur 3 à partir de 50 ans et une femme sur deux à partir de 70 ans sont touchées par l’ostéoporose
Dans cet entretien, Dr Houda KADIRI, rhumatologue à Casablanca et membre du bureau et du comité scientifique de la Société Marocaine de Rhumatologie, tire la sonnette d’alarme sur cette maladie diffuse du squelette
Dr Anwar CHERKAOUI : Qu’est ce que l ostéoporose ?
Dr Houda Kadiri : L’os est un tissu vivant qui se renouvelle toute la vie. Dans certaines situations comme la ménopause, la prise de certains médicaments, des maladies hormonales, l’os perd de sa masse et devient poreux, c’est l’ostéoporose. Cette porosité des os affaiblit le squelette et augmente le risque de fractures particulièrement au niveau de la colonne vertébrale, du poignet, des la hanche, du bassin et de l’épaule. L’ostéoporose et les fractures qui en résultent sont une cause importante d’infirmité et peuvent être fatales
Dr Anwar CHERKAOUI : Qui est touché ?
Dr Houda Kadiri : L’ostéoporose survient généralement après 50 ans et a tendance à s’aggraver avec l’âge. On estime qu’une femme sur trois et un homme sur cinq dans le monde seront atteints par la maladie. Elle touche 35% des Marocaines de plus de 50 ans et 60% chez les plus de 60 ans. Au Maroc, presque une femme sur deux va avoir au moins une fracture vertébrale au cours de sa vie. Une réalité alarmante qui propulse cette maladie au rang des problématiques essentielles de santé publique.
Dr Anwar CHERKAOUI : Quels sont les symptômes ?
Dr Houda Kadiri L’ostéoporose est une maladie silencieuse. Seules les fractures provoquées par l’ostéoporose et les douleurs qu’elles engendrent signalent la maladie. Certaines fractures, notamment celles qui touchent les vertébrales peuvent être indolores. La fracture du poignet est fréquente chez la femme de plus de 50 ans. Elle survient précocement et est considérée comme un signal d’alarme. Les complications ne sont pas rares (limitation du mouvement, raideur résiduelle…) et la récupération fonctionnelle peut être incomplète. La fracture vertébrale reste la fracture ostéoporotique la plus fréquente. Elle peut survenir même en l’absence de traumatisme important. Elle engendre habituellement des douleurs intenses dans le dos qui peuvent évoluer vers une douleur moins intense sur un mode chronique. Lorsque plusieurs fractures-tassements des vertèbres se succèdent, ils amènent le patient à mal se positionner. Généralement il se voûte et le dos est courbé vers l’avant. De même, la perte de taille fréquemment observée découle de ces tassements ostéoporotiques des vertèbres. Surveiller ce point est important, car certains tassements vertébraux ne provoquent pas de douleur. Il faut toutefois savoir que la perte de taille n'est que de un centimètre tous les 10 ans environ.
La complication la plus redoutable est la fracture du col fémoral. «Cette fracture est très grave, entraînant une mortalité de 20 % dans l’année qui suit».
A noter que dans ce cas précis, la rééducation ne parvient pas à éviter une perte d’autonomie dans près de la moitié des cas. Des antécédents familiaux chez un patient, ou un traitement prolongé par corticoïde sont des facteurs de risques qui doivent attirer l’attention du médecin.
Dr Anwar CHERKAOUI : Pourquoi ne faut-il pas négliger le risque d’ostéoporose ?
Dr Houda Kadiri : L’ostéoporose rendant les os plus poreux, ceux-ci cassent plus facilement. Ainsi chez une personne malade, un traumatisme minime tel qu’une chute de sa hauteur, d’une chaise ou d’un lit peut provoquer une fracture osseuse. Parfois, la fracture peut être provoquée par un faux mouvement ou une quinte de toux. Chez les personnes de plus de 65 ans, les chutes en apparence anodines sont à l’origine de la plupart des fractures d’ostéoporose. Les premières chutes ont une valeur d’alerte, elles ne doivent donc pas être banalisées. Dès qu’elles surviennent, il faut aller consulter.
Dr Anwar CHERKAOUI : Après une fracture est-il trop tard pour agir ?
Dr Houda Kadiri : Fort heureusement non, il n’est jamais trop tard pour agir. En cas d’ostéoporose, une première fracture peut en annoncer d’autres, parfois plus graves ou handicapantes comme une fracture du col du fémur. Il faut donc aller consulter son médecin qui, après avoir établit un bilan détaillé prescrira un traitement afin d’éviter la récidive.
Dr Anwar CHERKAOUI : Comment est diagnostiquée une ostéoporose ?
Dr Houda Kadiri : Un examen, appelé ostéodensitométrie, mesure la densité osseuse qui est un bon reflet du degré de solidité des os. Il permet de prendre des mesures préventives ou de mettre rapidement un traitement en place avant la survenue d’une fracture. Cet examen est prescrit par un médecin.
Dr Anwar CHERKAOUI : Le médecin peut-il donc évaluer le risque d’ostéoporose chez une personne ?
Dr Houda Kadiri : Le médecin rhumatologue tient à sa disposition un questionnaire simple qui permet d’évaluer l’état osseux de la personne. Les réponses de ce test rapide, validé sur des bases scientifiques par une instance internationale, peuvent être utilisées pour décider de la conduite à tenir thérapeutique.
Dr Anwar CHERKAOUI : Quels sont les moyens pour prévenir la maladie ?
Dr Houda Kadiri : Chacun constitue son capital osseux au cours des 20 premières années de sa vie. Le pic de la masse osseuse est alors atteint et perdure jusqu’aux environs des 50 ans. Passé cet âge, la perte de la masse osseuse débute. On peut pourtant préserver son capital osseux à tout âge de la vie en veillant à avoir des apports suffisants en vitamine D ainsi qu’en calcium (besoins journaliers 1200 mg de calcium par jour) et en ayant une activité physique régulière (marche, dance, gymnastique, yoga, tai chi).
Dr Anwar CHERKAOUI : Existe-t-il des traitements contre l’ostéoporose ?
Dr Houda Kadiri : Le traitement consiste à prendre des médicaments qui vont fixer le calcium et la vitamine D au niveau de l’os, et à diminuer la perte de l’os, la carence de la vitamine D étant très fréquente au sein de la population marocaine. Elle concernerait 95% des femmes. L’objectif étant d’éviter des fractures qui pourraient s’avérer mortelles dans certains cas. Heureusement aujourd’hui, nous disposons au Maroc, de plusieurs médicaments qui permettent des traitements par voie orale et un traitement annuel par injection intraveineuse.
Entretien réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI





