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Quand une profession se lève : l’élan de solidarité avec une médecin agressée, qui secoue le corps médical

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé

Il y a des moments où une profession tout entière se regarde dans le miroir… et se découvre plus soudée qu’on ne l’imaginait.

L’agression ignoble dont a été victime une jeune consœur, harcelée par un individu — probablement en détresse psychiatrique — a déclenché un véritable séisme d’indignation dans la communauté médicale.

Les agressions ne sont pas perpetrées uniquement contre les médecins, les infirmiers n’échappent pas à cette force du mal.

Mais ce séisme n’a pas détruit : il a révélé des forces.

Des réflexes humains.
Une solidarité qui n’est pas que théorique, mais qui se met debout. Qui agit.

Un cœur de médecin, ça se chauffe vite… quand l’injustice frappe

Les messages affluent, les appels se multiplient, les groupes professionnels s’enflamment — mais pour une fois, pas pour polémiquer ou débattre sans fin.
Non.
Cette fois, le cœur collectif bat à l’unisson.

Une psychiatre propose une prise en charge psychologique de la consœur.

Une autre collègue, sans hésiter, se propose de lui offrir un garde rapproché, à ses frais.

Des médecins, femmes et hommes, s’organisent déjà pour l’accompagner — un jour elle, un jour lui — entre son domicile et son cabinet.

Un réseau protecteur se tisse autour d’elle, presque instinctivement.

C’est beau, oui.
Mais c’est aussi révélateur d’un malaise profond : les médecins n’attendent plus rien des institutions censées les protéger.
Alors ils se protègent entre eux.

Le cri qui monte : assez !

Dans cette vague d’émotion, une proposition fait particulièrement écho :
un sit-in devant l’Ordre régional… et national.

Pas pour faire joli sur les réseaux.
Pas pour la photo.
Mais pour dire haut et fort ce que tout le monde murmure depuis des années :

Les agressions contre les médecins se multiplient.
Les cabinets privés deviennent des zones grises.
La protection juridique est insuffisante, lente, parfois inexistante.
Et l’Ordre, censé être le bouclier de la profession, ressemble trop souvent à un parapluie fermé sous l’orage.

Les médecins en ont assez de soigner avec la peur au ventre.
Assez de travailler derrière une porte qui ne protège plus.
Assez d’entendre : « Il faut comprendre, l’agresseur n’était pas bien… »
Non.
On peut comprendre la maladie mentale — mais on ne peut pas normaliser la violence.

Un Ordre qui doit cesser d’être spectateur

La demande est claire, nette, sans ambiguïté :
L’Ordre doit mettre en place, avec le ministère public et les autorités compétentes, un protocole rigoureux de poursuites pénales contre toute agression visant un médecin dans l’exercice de ses fonctions.

Pas un texte décoratif.
Pas une circulaire qui dort dans un tiroir.
Mais une procédure opérationnelle, connue, visible, rapide :

• dépôt automatique de plainte par l’Ordre ;
• accompagnement juridique immédiat du médecin ;
• qualification pénale ferme de l’agression ;
• coordination avec les forces de l’ordre pour sécuriser les cabinets à risque.

C’est une question de dignité professionnelle.

C’est aussi une question de santé publique, même s’il s’agit d’un médecin libéral : un médecin menacé est un médecin moins disponible, moins serein, parfois moins capable d’exercer.

Un tournant ?
Peut-être. Une obligation ? Certainement.

L’agression de cette consœur n’est pas un incident isolé.

Elle est le symptôme d’un système où le médecin est devenu vulnérable, exposé, presque livré à lui-même.

Mais la mobilisation actuelle montre autre chose :
la profession n’est plus disposée à se taire.
Elle n’est plus disposée à subir.
Elle ne laissera plus tomber l’un des siens.

À travers ce mouvement spontané, chaleureux, presque familial, un message se dessine :

 Si l’État tarde à protéger ses médecins, alors les médecins forceront le gouvernement à agir.

Et cette fois, le cœur chaud de la profession pourrait bien devenir un brasier difficile à ignorer.

Mots-clés: Psychiatrie, Solidarité


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